Trip to Istanbul

Deux jours à Istanbul, c’est court. Prêts pour une visite guidée en 48 heures ?

Arrivée à l’aéroport d’Atatürk le mardi soir, traversée de la ville en tramway avec Tim, l’ami qui m’héberge. La première impression n’est pas tellement dépaysante. A première vue, Istanbul est une ville complètement occidentale. Et puis, tout d’un coup, à côté d’un Mango ou d’un Starbucks, un bâtiment en ruine, des gamins et des vieux qui vendent des objets improbables très tard le soir.

Visite éclair à la galerie Manzara, où Tim est en stage pour trois mois. Au-dessus de la galerie, des résidences d’artistes : vidéastes, dessinateurs, écrivains. On monte boire une bière chez Jugo, un macédonien vivant en Allemagne, en résidence ici pour trois mois.

Escale sur les quais des pêcheurs, on se pose dans une gargote pour déguster des petits poissons frits et du çay (thé turc). Les poissons frits dégoulinent de graisse, comme à peu près tout ce qui se mange ici. A l’instant où je me dis que j’aimerais m’essuyer les mains, un vendeur de rue sorti de nulle part me tend un paquet de kleenex. Et ce sera comme ça partout, tout le temps : des gens vendent tout un tas de trucs plus ou moins utiles dans la rue, des gadgets, des jouets… Et aussi du thé, du café, des marrons cuits, et les fameuses moules cuites fourrées au riz pilaf, un délice.

Arrivée au bercail à une heure avancée de la nuit. Tim vit à Fener, le quartier pauvre et conservateur d’Istanbul, chez Alexandra, une américaine d’environ cinquante ans, journaliste dans la musique pour un canard anglais, professeur de piano et créatrice de vêtements et de sacs.

Réveil mercredi matin avec le chant du Muezzin, je regarde par la fenêtre, un type fait un boucan d’enfer en passant avec sa camionnette de patates dans l’étroite rue pavée. Petit déjeuner au thé et au pain turcs, et on sort. Dans ce quartier, la plupart des femmes sont voilées de noir de la tête aux pieds, on voit juste leurs yeux et le bout de leur nez. Balade au marché de Fener : ça sent les légumes – ils sont entassés de manière très ordonnée et ont des couleurs très vives -, les épices – il y en a des étalages entiers, ça donne envie mais je ne saurais pas les cuisiner -, et le cramé. Oui, un peu partout dans cette ville, il y a une odeur de cramé. Ça doit être l’odeur de toute cette nourriture qu'on fait cuire sur des étals à chaque coin de rue.

On prend le ferry pour aller au centre-ville. On s’attarde un peu au grand bazar pour filmer. C’est un passage souterrain avec des échoppes de gadgets, qui brasse une marée humaine en continu. Ensuite, encore un marché. On achète de quoi grignoter, un truc à base d’un fromage dont j’ai oublié le nom, mais qui ressemble à de la feta en plus salé. 

En fin de journée, je profite d’une réunion qui doit avoir lieu à la galerie pour m’éclipser seule dans les rues proches de la tour de Galata. Une rue pavée monte jusqu’à une des rues principales du centre-ville, il y a plein de petites boutiques attrape touristes, les gens s’y pressent, et se collent aux murs quand une voiture passe à toute vitesse. Ici, ce sont aux piétons d’éviter les voitures, pas l’inverse. J’achète quelques merdouilles et m’attarde une demi-heure dans chaque magasin, car les commerçants discutent, et me demandent d’où je viens, pourquoi je suis là, qui m’héberge, quelle est la nature de ma relation avec cette personne. Il y en a même un qui me donne son adresse mail en me disant qu’il compte venir à Paris.

Je rejoins les autres et on file au resto, où on se fait un festin avec des plats à base de tomates, aubergines, oignons, fromage, friture et sel.

La soirée continue au Hay Mat Los – jeu de mots avec « Heimatlos », qui signifie « mal du pays » en allemand, c’est dire l’importance de la communauté allemande dans cette ville. C’est un club sur trois étages qui draine une population qui, forcément, n’a rien à voir avec celle de Fener. Au deuxième étage se trouve le bar, et au-dessus du bar, un écran qui diffuse un vieux film érotico-hippie-kitsch avec des femmes à poil(s). C’est ça qui m’a le plus marqué à Istanbul, cette cohabitation entre traditionnalistes et progressistes, visiblement minoritaires mais moteurs de l’effervescence qui est palpable dans cette ville. En revanche, parmi tous les jeunes avec qui j’étais pendant ces deux jours, pas un turc. Une bande de joyeux lurons étrangers dans un pays où ce n’est pas vraiment la fête. On est libres de faire ce qu'on veut : la fête, de l’art, des beuveries… tant qu’on n’a pas d’activité politique (le régime turque est démocratique mais contrôlé par l'armée, me dit une allemande installée depuis deux ans à Istanbul).

Jeudi, deuxième et dernier jour. On prend le ferry direction les îles de la princesse, où se trouve notamment une statue d’Atatürk, le fondateur et premier président de la République turque, qui a modernisé le pays. C'est lui notamment qui a imposé l'alphabet latin, instauré la laïcité et donné le droit de vote aux femmes. Son image est omniprésente dans le pays, son successeur ayant encouragé un véritable culte de sa personnalité. Le portrait d'Atatürk est partout, dans les bureaux de l'administration publique, les écoles, les billets de banque...  

Pause au bord de l'eau, juste pour regarder et écouter les vagues aller et venir sur la berge. Planqués dans les rochers, des amoureux se bécotent, des ados crapotent leur premières cigarettes, et quelques rêveurs comme nous attendent simplement la fin du jour. 

Petite balade chez les brocanteurs de l'île, arrêt dans un troquet pour goûter au fameux café turc (plein de marc, mais fort en goût !), et retour sur la terre ferme, pour finir de nouveau au Hay Mat Los, avec un concert très particulier et sûrement très avant-gardiste où un type produit des sons avec un drôle d'engin indescriptible. 

Mon avion décolle tôt le lendemain matin, je n'ai que trois heures de sommeil dans les pattes, et on survole à peine les premiers nuages que je suis dans les bras de Morphée.

C'est déjà fini.

Promis, j'y retournerai, et j'irai voir les mosquées et tout le reste, et je vous raconterai tout ça.